Réduction des inégalités hommes/femmes (suite)
17-12-2009

ImagePour la majorité des citoyens, la place de la femme est au foyer. Le faible niveau d’éducation et d’instruction de la femme et sa position sociale ne coïncide pas avec les exigences de l’exercice du pouvoir qui demande fermeté et rigueur. Madame Yonli Koukanou, Présidente d’un groupement villageois féminin dans la Tapoa veut démontrer le contraire. En effet, elle reçoit une formation en politique et prend conscience du fait que les femmes peuvent aussi se présenter aux élections et se faire élire. Elle a un atout. Elle a obtenu pour son village plusieurs réalisations socio économiques soutenues par le Programme ADELE. Elle tente l’expérience. C’est le succès.

Voici son témoignage.
Le parcours d’une femme leader : de la production maraîchère au conseil municipal

« J’ai, en 1990, créé avec d’autres femmes du village, le groupement féminin Yelpagba. Nous menions des activités champêtres. En saison sèche, nous ne savions que faire. Nous étions désoeuvrées. C’est alors que l’idée d’exploiter un périmètre maraîcher en saison sèche nous est venue. Ne maîtrisant pas bien les techniques de production maraîchère, nous rencontrions d’énormes difficultés à produire des légumes de qualité ».

Surmonter nos difficultés de production maraîchère

Pour surmonter cette difficulté, Mme Yonli s’ouvre aux autres maraîchers qui l’orientent vers le Programme ADELE. Le groupement reçoit alors une formation en technique de repiquage et d’entretien des pépinières ainsi qu’un encadrement de plusieurs cycles de production. Le Programme, poursuit son appui et met à leur disposition un prestataire endogène pendant trois ans et les dote de deux puits à grand diamètre afin de suppléer au manque d’eau.

Elle ajoute : « ADELE nous a également accompagné dans la recherche de marchés et a renforcé nos capacités en production d’oignons et de pommes de terre à travers des formations et des voyages d’études auxquels nous avons participé. , ADELE a identifié et formé dans le village des producteurs relais, afin d’assurer la proximité et l’accessibilité financière des prestations aux producteurs. En tant que productrice relaie, j’assure des formations dans les villages environnants ».

La confirmation d’un leadership

Tous les deux ans, le programme ADELE organise un concours d’innovation dans le but de valoriser et de vulgariser les innovations paysannes. Mme Yonli se présente au concours et reçoit un prix dans le domaine de l’élevage des porcs. Elle participe en outre à la formation sur le plaidoyer et le leadership. « Ce fut un tournant décisif dans ma vie. En effet, au cours de cette formation j’ai pris conscience que la femme que je suis pouvait aussi se présenter aux élections et se faire élire ».

Elle poursuit. « Lorsque l’on a annoncé la tenue des élections municipales, j’ai eu le courage de m’inscrire. Durant la campagne, j’avais en face de moi un adversaire redoutable. C’était l’ancien délégué du village. Il était bien connu de la population pour avoir exercé des fonctions de délégué. Pour convaincre l’électorat et inverser le rapport de force en ma faveur, j’ai eu recours aux réalisations que j’ai pu obtenir pour le village. J’ai dit aux gens du village « Voyez-vous toutes ces réalisations dans le village, c’est grâce au dynamisme du groupement que je préside que cela a été possible. Et cet homme en face de moi, qu’a-t-il fait pour vous ? ». Je vous avoue que même les hommes m’ont soutenue, car notre groupement a apporté l’eau dans le village, grâce à l’appui de ADELE ».

Le terrain politique est souvent le lieu d’âpres combats. Elle sait qu’elle ne peut s’engager et gagner ce combat sans la caution de son entourage. Mme Yonli conclut une entente avec son mari et obtient son soutien.
« J’ai rencontré beaucoup de problèmes pour avoir osé défier le délégué du village et gagné les élections contre lui. Il m’a menacé de fusillade. On m’a accusée de sorcellerie dans le but de m’éloigner de la population. J’ai eu de la chance que mon mari n’ait pas accordé fois à ces calomnies. Il m’a beaucoup soutenu lors de la campagne. C’est lui qui me transportait dans les villages pour battre ma campagne. Pour avoir ce soutien, j’ai dû conclure une entente avec lui dès le départ. Sans cet accord, je n’aurai pas pu me présenter aux élections, à fortiori être élue. Il a gagné en retour en notoriété dans le village ».

L’intimidation

Mme Yonli est élue, mais les intimidations se poursuivent au sein du conseil municipal. Le chemin qui conduit à l’acceptation pleine et entière des femmes dans la gestion des affaires communales de Tambaga est encore long.
« Au sein du Conseil municipal, les hommes ont utilisé des menaces, des arguments sur le manque de courage des femmes et le fait que je n’étais pas alphabétisée en langue française, pour me refuser le poste de première adjointe dans le bureau du conseil municipal. Je me souviens encore des propos du genre adressés aux femmes par les conseillers : « faites attention, car si vous prenez des postes de responsabilité au bureau, on vous jettera un sort et vous allez perdre la vie ». « Contentez-vous de gérer vos groupements et ne vous aventurez pas dans ce milieu de jungle réservé aux hommes qu’est le bureau du conseil ».
Après avoir surmonté toutes les difficultés dans son village, Mme Yonli est aujourd’hui une élue locale respectée et reconnue dans son village pour son dynamisme et son leadership. « Grâce au soutien de mes sœurs du village et de mon époux, la confiance en soi et la détermination, je suis aujourd’hui, une conseillère communale qui jouit de la considération et du respect dans mon village ».

 

 

 

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